Après avoir organisé plus de 500 brainstormings avec des entreprises de toute taille, nous avons compris une chose : ce ne sont jamais les idées qui posent problème.

Au fil des années, nous avons accompagné des acteurs comme Genève Aéroport, Firmenich, Puma ou encore Groupe Mutuel. Nous avons aidé à définir des valeurs d’entreprise, à imaginer des produits pour des lancements à venir, à structurer des stratégies d’innovation, à concevoir des campagnes créatives ou à redéfinir des visions pour les années à venir.

Des salles entières tapissées de post-its. Des murs couverts de concepts. Des tableaux remplis d’idées ambitieuses.

Et pourtant, à chaque fois que l’exercice déraillait, ce n’était ni par manque d’intelligence, ni par manque d’expérience, ni par manque d’inspiration.

C’était à cause d’un détail invisible.

L’égo.

L’illusion d’un problème créatif

Beaucoup d’entreprises pensent que leurs brainstormings échouent parce que :

Les équipes manquent d’audace,

Les idées sont trop faibles,

Le temps est mal utilisé,

Les collaborateurs ne sont pas assez créatifs.

Une salle peut être composée de profils brillants, d’experts techniques, de stratèges chevronnés…et pourtant produire des idées moyennes.

Pourquoi ?

Parce que la créativité collective est un exercice profondément psychologique.

Dans un brainstorming, il n’y a pas que des idées qui circulent. Il y a des statuts. Des rapports de force. Des regards. Des validations implicites. Des émotions. Des silences lourds de sens.

Et surtout…des égos.

La hiérarchie invisible

Imaginez une salle. Autour de la table : la direction générale, quelques cadres, des profils opérationnels et des juniors.

Officiellement, tout le monde est invité à participer. Mais inconsciemment, tout le monde sait qu’il y a une hiérarchie. Même si personne ne le dit. Même si personne ne l’impose.

La simple présence d’un-e CEO peut suffire à modifier la dynamique d’un groupe. Certains vont chercher à plaire, d’autres vont se censurer. Certains vont attendre que “la bonne réponse” soit donnée, d’autres vont défendre coûte que coûte leur idée pour prouver leur légitimité.

Le brainstorming devient alors un terrain d’expression sociale, plus qu’un espace d’exploration créative.

C’est à ce moment précis que la créativité commence à mourir et que l’égo prend le contrôle.

Autocensure et recherche d’approbation

Nous l’avons vu des dizaines de fois :

Une idée un peu radicale est lancée.

Un silence.

Un regard vers la direction.

Une micro-réaction.

Et l’idée disparaît.

Non pas parce qu’elle était mauvaise.

Mais parce qu’elle était inconfortable.

Dans beaucoup d’entreprises, les brainstormings sont en réalité des exercices d’alignement social. On ajuste son discours en fonction de ce que l’on croit acceptable. Les profils plus introvertis s’éteignent, les profils plus extravertis prennent de la place, les profils plus “rouges” imposent leur vision et petit à petit, la diversité des idées s’effondre.

On obtient alors des concepts raisonnables. Acceptables. Polissés.

Mais rarement différenciants. Pourtant le but d’un brainstorming est de puiser dans l’intelligence collective pour générer des idées…qui feront la différence.

1 - Il n’y a pas de mauvaises idées.

Toutes les idées sont bonnes à prendre. Même les plus irréalistes. Même les plus absurdes. Elles servent toujours de tremplin à d’autres réflexions.

Quand une salle comprend qu’elle ne sera pas jugée, elle respire.

2 - Personne n’a raison, personne ne sait.

Cette phrase peut sembler déstabilisante. Elle l’est volontairement. Elle permet de calmer les profils trop présents, ceux qui arrivent avec la conviction d’avoir déjà la réponse.

Un brainstorming n’est pas un concours à “qui aura raison”, c’est un espace d’exploration.

3 - Une fois dite ou écrite, une idée ne vous appartient plus.

C’est probablement la règle la plus puissante de toutes.

Dès qu’une idée est partagée, elle devient collective. On peut la challenger, la transformer, la compléter, sans que cela soit vécu comme une attaque personnelle.

Cela évite l’attachement excessif, la défense et que l’égo s’accroche.

4 - Il n’y a pas de hiérarchie dans un brainstorming.

Juste des cerveaux qui réfléchissent collectivement.

Pour que cette règle fonctionne, elle ne doit pas être implicite. Elle doit être dite. À voix haute. Devant tout le monde.

Mettre la direction au bon niveau

Nous prenons toujours le temps de briefer en amont la direction générale ou les cadres présents. Leur présence peut être extrêmement bénéfique…mais elle peut aussi braquer les équipes.

Nous les sensibilisons alors sur leur posture, sur leur écoute et sur l’impact silencieux de leurs réactions.

Puis, au début de la séance, nous énonçons clairement les règles devant l’ensemble du groupe.

Adapter les méthodes pour inclure tout le monde

Un autre piège fréquent du brainstorming est de croire qu’une seule méthode convient à tous.

Certaines personnes sont brillantes à l’oral alors que d’autres ont besoin de temps pour structurer leur pensée.

Certaines improvisent, d’autres réfléchissent en profondeur avant de parler.

Si vous ne variez pas les exercices, vous favorisez inconsciemment un type de personnalité.

Il nous arrive de commencer par des échanges ouverts, où chacun s’exprime librement devant le groupe. Puis nous changeons d’angle.

Nous demandons à chacun d’écrire ses idées sur un post-it, sans explication. Puis nous collons nous-mêmes les idées au mur, ainsi personne ne sait qui a écrit quoi.

Ensuite, nous procédons à un vote silencieux.

Ce moment est clé parce qu’il redonne du pouvoir aux profils introvertis et limite l’influence des plus dominants. Il rééquilibre alors la dynamique.

Ce n’est qu’après cela que nous ouvrons la discussion.

Très souvent, les idées qui émergent de ce vote silencieux sont plus audacieuses que celles exprimées à voix haute.

Pourquoi ?

Parce qu’elles n’ont pas été filtrées par l’égo.
Nous les sensibilisons alors sur leur posture, sur leur écoute et sur l’impact silencieux de leurs réactions.

Puis, au début de la séance, nous énonçons clairement les règles devant l’ensemble du groupe.

Tuer l’égo pour libérer l’intelligence collective

Chercher à tuer l’égo ne signifie pas nier les personnalités. Au contraire.

Cela signifie créer un espace où l’intelligence collective peut s’exprimer sans être dominée par des dynamiques de pouvoir.

Cela signifie accepter que la meilleure idée ne viendra peut-être pas du titre le plus élevé – observation réelle que nous avons faite : les meilleures idées proviennent bien souvent des personnes qui sont sur le terrain et non dans les bureaux.

Cela signifie permettre à un junior de challenger un directeur.

Cela signifie accepter que sa propre idée puisse être dépassée.

Un brainstorming réussi n’est pas celui où tout le monde parle. C’est celui où tout le monde se sent légitime de parler.

La créativité est fragile : elle demande de la sécurité, de la confiance et de l’humilité.

Après des années passées dans des salles pleines de post-its, nous avons compris que la créativité ne manque pas dans les entreprises.

Ce qui manque parfois, c’est le courage de mettre l’égo de côté.

Car au fond, le véritable ennemi d’un brainstorming n’est ni le temps, ni le budget, ni le manque d’idées.

C’est la place que l’on laisse à son propre ego.

Et ce détail, invisible mais puissant, peut coûter très cher.

Et petit hack qu’on applique depuis nos débuts…on apporte à chaque brainstorming un shot de gingembre qu’on boit cul sec avec tous les participants. Effet ice breaker garanti 😉

DARE est une agence de branding et de consulting basée en Suisse, à Forel (Lavaux). Depuis 2018, nous accompagnons* les marques dans leur lancement ou leur rafraîchissement grâce à une approche qui se base sur l’entrepreneuriat, l’intelligence collective et le feedback terrain.

*Chez DARE, chaque projet compte vraiment. C’est pour ça que nous n’en acceptons qu’un seul par mois. Plus d’informations sur www.madebydare.com.


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